Non je ne vous parlerai pas de trains qui n’arrivent pas à l’heure. Je veux juste dire ma surprise d’entendre dorénavant que la Région Nouvelle Aquitaine semble avoir honte de la langue occitane qui couvre une bonne partie de son territoire.
Montant dans un train TER, comme je le fais plusieurs fois par semaine, j’entends depuis quelques jours en arrivant à la gare « Prochain arrêt : Pau. Next station : Pau. Próxima parada : Pau » .
D’occitan pas un mot ! Il est vrai que la politique linguistique semble ne pas avancer à grands pas. Y aurait-il une panne ? Les voies seraient-elles en réfection ? Quelle est la raison du retard ? Mystère !
En tous cas je suis heureux de voir que la question du multilinguisme dans le train est réglée. En effet il y a quelques années nous avions posé ( avec quelques autres élus régionaux d’Occitanie et de Bretagne) la question de ces annonces. Nous avions interpelé la SNCF. On nous avait dit que c’était impossible, que ça coûtait très cher …bref le chien avait la rage et tous les arguments étaient bons pour le zigouiller.
Ce n’étaient que des arguments fallacieux au service de l’immobilisme. Oui, même quand on se veut spécialiste des mobilités on peut être un champion de l’immobilisme !
Aujourd’hui les TER parlent anglais et espagnol. C’est très bien. Mais pourquoi ne parlent-ils pas occitan ? Parce que quelqu’un n’a pas voulu et parce que d’autres n’ont pas demandé que ça se fasse ?
Donc pourquoi la Région Nouvelle Aquitaine qui paye les trains régionaux n’est pas cohérente avec sa politique linguistique affirmée et votée il y a quelques années ?
Je ne vois qu’un raison : les freins, les entraves de ceux qui ont honte de la langue de leur territoire.
Que croient-ils ? Que cela ferait fuir les touristes ? Que des voyageurs se perdraient à l’écoute de « gara seguenta : Pau » o « gara seguenta : Bordèu » ? Qu’ils deviendraient fous en entendant cette langue étrange et ouvriraient les portières en se jetant sur la voie ? Croient-ils que les touristes ne souhaitent pas entendre la voix du territoire où ils se trouvent ?
Non. Ils ne savent pas ce qu’est une politique linguistique et s’ils le savent c’est qu’ils ne veulent pas l’appliquer. Trois mots d’occitan ce serait trop ?
Je sais que l’on va évoquer le trop d’information qui trouble les voyageurs, le trop d’annonces etc…baratin que tout ça !
Je me mets à penser à ce qu’écrivait Morvan Lebesque dans : « Comment peut-on être breton ? » il écrit à propos de l’identité bretonne qui n’a pas vraiment de reconnaissance : « Elle n’existe que dans la mesure où, à chaque génération des hommes se reconnaissent bretons (…) à l’âge venu, la découverte ou l’ignorance » .
Era existeish sonque se, a cada genracion , òmis se senteishen bretons…A cadun, quan arribi l’atge, la descobèrta o l’ignorància // Ella existe solamente se a cada generación hombres se sienten bretones…A cada uno, cuando llegue la edad, el descubrimiento o la ignorancia. // She exists only insofar as at each generation men recognise themselves as Bretons. To each, when age comes, the discovery or the ignorance.- Morvan Lebesque
Vous qui avez décidé que la langue ne pouvait pas s’entendre dans un lieu aussi public qu’un train, vous avez choisi l’ignorance… mais pas que pour vous ; et si c’était le cas ce serait votre problème. Mais vous avez choisi pour les autres, pour tous les autres. Alors choisir de transmettre l’ignorance plutôt que de proposer la découverte c’est renoncer à l’avenir… et moi qui croyais que faire de la politique c’était le prévoir ?
Ne pas vouloir partager sa langue avec les autres s’appelle le « repli sur soi » . Ignorer que l’autre puisse être curieux de ce qu’est notre territoire c’est du mépris. Je sais très bien que trois mots ne font pas une politique linguistique, qu’il faut bien plus ; mais je sais que le silence n’en fait pas une non plus, et qu’il est mortel !
Au cas où vous souhaiteriez diffuser largement l’extrait de M. Lebesque, je vous en livre une version en occitan, une autre en anglais et une en espagnol.
David Grosclaude